La motivation, ça se travaille : les conseils du champion olympique Edgar Grospiron

Il y a un peu plus de trente-et-un ans, à Albertville, Edgar Grospiron devenait le premier champion olympique de ski de bosses de l'histoire. Aujourd'hui, il s'inspire de son parcours pour accompagner des entrepreneurs et les salariés sur un sujet concernant chacun d'entre nous : la motivation ! Que vous soyez à un pic ou dans un creux de votre carrière, ses conseils devraient vous inspirer.

La motivation, ça se travaille : les conseils du champion olympique Edgar Grospiron

La motivation n'est pas un don du ciel, contrairement à ce que l’on peut parfois penser, et ça ne se décrète pas non plus. On peut pratiquer la méthode Coué, mais cela ne suffit pas à l’inscrire dans le temps. La motivation nécessite plusieurs ingrédients, et à partir du moment où on les a réunis, il faut faire monter la mayonnaise. La motivation est une énergie qui est au fond de nous, mais qui sommeille parfois. L'enjeu, c'est de se poser les bonnes questions pour que l'émulsion puisse prendre et ainsi faire émerger cette motivation. On pourra ensuite la cultiver dans le temps, et peut-être même la faire rayonner, pour donner envie aux autres.

À quoi ça sert d'être motivé ?

« Je me suis rendu compte que mes performances n'étaient pas uniquement liées à mes compétences, mais d'abord à ma motivation. »

À la fin de ma carrière, je me suis rendu compte que mes performances n'étaient pas uniquement liées à mes compétences, mais d'abord à ma motivation. En début de carrière, j'étais seulement 57ème mondial, mais ma très forte motivation m'a permis d'accrocher un podium en coupe du monde, en dépassant largement mes compétences. Puis, au milieu de ma carrière, j'étais le seul à dire que j'allais être champion olympique, et je le suis devenu, grâce à une alchimie de compétences et de motivation. Ensuite, alors que j'avais tous les titres en poche, je n'étais plus aussi motivé et mes performances se sont dégradées. Je suis même allé jusqu’à me blesser. J'ai perdu tous mes titres en moins de deux ans. Non pas parce que j'étais devenu mauvais, mais parce que j'avais perdu ma motivation.

Comprendre ce qui vous motive

« Un des piliers de la motivation, c'est la confiance. »

Bien souvent, nous ne nous connaissons pas assez. Pour bien booster sa motivation, il faut d'abord savoir quels sont les environnements dans lesquels nous nous sentons à l'aise et motivés, et quels sont ceux plutôt toxiques pour nous, dans lesquels notre motivation se dégrade.Il faut avant tout essayer de comprendre ce qui nous a passionnés quand on était gamins et ce qui nous passionne encore aujourd'hui. Et à l'inverse, quelles sont les passions que nous avons dues refouler. À un moment donné, il faut se reconnecter à ses passions pour comprendre ce qui nous motive, car elles ne sont pas là par hasard : elles nourrissent des besoins psychologiques essentiels à notre équilibre.

Moi, j'étais passionné de ski parce que ça représentait l'aventure partagée avec mes proches. Et dans les sauts, il y avait une forme d'expression de moi-même, j'ai adoré ça. Depuis gamin, j'avais besoin de m'exprimer ; j’avais envie d'aventures, de découvertes et de partage. Ce sont des besoins qui étaient importants pour mon équilibre. La compétition m'a plu parce que c'était un univers dans lequel je trouvais un moyen de me dépasser. Sortir de ma zone de confort, prendre des risques, c'est quelque chose que j'aime, ça me fait du bien. Pour moi, la routine est toxique, tandis qu'il y a des gens pour lesquels elle est stimulante. Chacun a sa propre motivation, c'est donc important de découvrir ce qui nous motive.

Miser sur ses talents

Nous avons tous des talents. Un des piliers de la motivation, c'est la confiance. Le sport de haut niveau m'a permis de comprendre qu’elle ne reposait pas sur une capacité toujours renouvelée à corriger mes faiblesses, et que tenter en permanence de trouver des parades pour les masquer était toxique pour ma motivation. Ce qui était hyper stimulant pour ma motivation, c'était plutôt de me focaliser sur mes forces naturelles, pour les optimiser et en faire des points forts dans mon métier. Parce que pour réussir à haut niveau, il faut être exigeant, et ce qui est difficile, c'est de concilier la confiance, le plaisir que l'on prend à faire ce que l'on fait, avec l'exigence. Bien se connaître, c'est bien connaître ses forces puis arriver à les traduire en points forts dans un métier, et ensuite être exigeant sur ses points forts.

Par exemple, moi je suis quelqu'un de plutôt instinctif. C’est-à-dire que j’agis d’abord et que je réfléchis après. Mon point fort dans les bosses, c'est que je skiais plus vite que les autres, j'avais un style spectaculaire. Malgré cela, je faisais plein de petites fautes, mais au lieu de vouloir ralentir pour corriger mes fautes, je me suis dit que j'allais accélérer pour qu'on ne les voit plus. C'est une stratégie qui est porteuse de confiance, parce que si on me demande d'accélérer, je vais encore pouvoir capitaliser sur mon talent. Tandis que si on me demande de freiner pour faire moins de fautes, je ne vais plus être dans ma zone de talent.

C'est aussi une manière de se distinguer, et on ne se distingue jamais mieux qu'avec ses forces. Bien comprendre ses forces, c'est un véritable levier de motivation et de réussite.

Connaître son système de valeurs

« Il ne faut pas trop se survaloriser dans les moments qui vont bien, et ne pas trop se dévaloriser dans les moments difficiles. »

Nous avons tous été éduqués avec des valeurs, des valeurs avec lesquelles nous nous sommes construits, parfois aussi contre elles. L'idée, c'est de bien comprendre le système de valeurs sur lequel nous reposons, car c'est ce qui va nous donner une capacité à nous assumer dans deux types de situations. Dans les situations où nous réussissons, c'est important d'avoir un système de valeurs solides car tout le monde va vous dire que vous êtes le plus fort, et ça peut vous faire « prendre le melon ». C'est un danger, car si on veut continuer de réussir, il faut conserver les mêmes valeurs. C'est aussi très important quand on est en échec, parce qu'on peut alors avoir tendance à se dévaloriser.

Avoir des ambitions qui ont du sens

Avec un système de valeurs solide, avec lequel on est très au clair, on va très vite comprendre qu'on ne se résume pas aux résultats obtenus, on est beaucoup plus que ça. Ainsi, on va moins se dévaloriser dans les moments difficiles. Il ne faut pas trop se survaloriser dans les moments qui vont bien, et ne pas trop se dévaloriser dans les moments difficiles. Et c'est seulement à ce moment-là qu'on va pouvoir réfléchir à nos ambitions et au sens qu'on veut donner à sa vie. On ne peut pas mettre la charrue avant les bœufs.

À partir du moment où on sait ce qu'on veut, on pourra trouver les moyens de l’atteindre. Grâce à ces piliers de la motivation, c'est important d'être capable d'avoir des ambitions qui donnent du sens, de se donner le temps et les moyens de les atteindre. C’est ça qui permet de se projeter dans un avenir qui sera plus enthousiasmant qu'angoissant. La motivation va alors s'auto-nourrir. Et c'est là que l'émulsion se fait, dans l'action.